Dalhia Adjedj

Directrice opérationnelle

08 AOÛT 2019EHPAD

La téléconsultation, quelle est la question :
« pourquoi ? », « comment ? » ou « combien ? »

Cela fait bientôt un an que les téléconsultations sont entrées dans le droit commun et que l’Assurance maladie prend en charge les actes à distance de la même façon que les actes physiques (au sein d’un cadre clairement défini d’exercice). Alors que le Gouvernement annonçait une prévision de 500 000 téléconsultations en 2019, elles étaient à mi-année au nombre de 11 500. Sur le secteur spécifique de l’Ehpad, depuis plusieurs années maintenant, des incitations au développement de la téléconsultation sont mises en place. Comment expliquer cette différence entre l’ambition et la réalité ?

  • Pour développer la télémédecine, la première question à se poser est « pourquoi ? ».

  • Cela commence par faire l’inventaire des besoins médicaux de l’Ehpad, identifier parmi eux ceux pour lesquels une réponse en médecine en distanciel pourrait être donnée avec la même qualité qu’en présentiel. Identifier également les besoins pour lesquels il n’y a pas ou peu de réponses en médecine face-à-face pour l’Ehpad. Il ne s’agit pas seulement de zones de désertification médicale : un résident d’Ehpad en pleine ville qui a rendez-vous à 6 mois chez un dermatologue est dans un « désert » de dermatologie, relativement au délai dans lequel son besoin devrait être adressé. Enfin, il y a les besoins tacites, qui ne sont pas exprimés ou sous-estimés.
    L’inventaire des projets de soins des résidents d’Ehpad, comparé aux soins accessibles, permet de distinguer des cibles d’usage de la téléconsultation en complémentarité avec la médecine face-à-face.
    Les besoins varient en outre dans le temps, de la même façon que les ressources soignantes sur place et à distance : les vacances des médecins coordonnateurs et médecins traitants, horaires de permanence des soins et périodes sensibles (canicule, épidémie de grippe). La télémédecine peut adresser l’un ou l’autre, voire l’ensemble de ces périodes.
    Nous savons maintenant à quoi sert la télémédecine. Et ce n’est qu’en disant aux parties prenantes à quoi va leur servir la télémédecine que l’on peut les faire contribuer au projet télémédical. Partons du principe qu’à ce stade toutes les parties prenantes ont trouvé un bénéfice à la télémédecine. C’est un postulat ici, car dans des cas d’Ehpad bien pourvus en soins présentiels (temps de présence du médecin coordonnateur ayant désormais la capacité de prescrire, proximité de médecins traitants, proximité et accessibilité des rendez-vous de spécialistes), la télémédecine aura peut-être une utilité très ponctuelle. Si, donc, les cibles d’usage de la télémédecine sont identifiées et son bénéfice imaginé, la question de la configuration d’usage se pose.

  • Qui fait la télémédecine ? 

  • La colonne vertébrale du « comment » est le protocole de télémédecine. C’est lui qui définit le rôle de chacun, le lien entre télémédecine et médecine présentielle, l’intégration de la télémédecine au parcours de soin et son respect des cadres donnés par l’Assurance maladie.  
    L’une des questions centrales de mise en pratique de la télémédecine est de savoir qui est le médecin « requis », téléconsultant. Dans le cas où la télémédecine simplifie un accès déjà existant aux soins, il est naturel que le téléconsultant soit le médecin consultant habituel, simplement sollicité sur une autre modalité, à distance. Dans les autres cas de difficulté d’accès voire d’absence d’offre de soin présentielle, les textes indiquent des cadres à respecter pour l’identification du médecin téléconsultant, qui se heurtent souvent à la réalité. Dans un département où il n’y a plus d’installations de cardiologues et où ceux en place ont 3 mois d’attente de rendez-vous physiques, pour un Ehpad dont les résidents n’ont en moyenne pas vu le cardiologue depuis 4 ans, qui mobiliser pour mettre en place des téléconsultations de cardiologie ? L’approche rigoriste et l’approche pragmatique devront nécessairement se rencontrer pour développer la télémédecine en Ehpad.

  • Connexion internet, consentement patient et temps infirmier

  • Les conditions sine qua non de faisabilité de la télémédecine en Ehpad, une fois la question du besoin médical et de la ressource médicale posée, sont les suivantes :- La connexion à internet, bien souvent un obstacle et difficile à maitriser- Le consentement du résident, c’est-à-dire son information et son adhésion, ainsi que celle de ceux qui le conseillent (famille, médecin traitant)- Le temps infirmier, temps qui sera dédié par l’accompagnant du résident lors de la téléconsultation.

  • Comment sont payés les actes ?

  • Enfin, la bonne facturation des actes (connaissance des cotations par les praticiens, acceptation des facturations par les Caisses) est la seule garantie de pérennité de l’engagement d’un établissement et de médecins dans un projet télémédical.

  • Ce n’est qu’après avoir posé ces questions du Pourquoi et du Comment que viendra celle du Combien : combien d’actes. En résolvant ces questions, dans cet ordre, la course au nombre de téléconsultations devient un projet télémédical visant à améliorer le soin des residents d’Ehpad.

Partager cet article :

    TokTokDoc pense la médecine
    de demain et porte une vision
    médicale et économique
    impactante.


    Suivez-nous