Journal de bordNos infirmiers-ères mobiles en télémédecine partagent leur expérience du terrain

La psychiatrie en Ehpad

par BéréniceOctobre 2020

Le prénom et certains détails ont été modifiés.
Henriette a récemment intégré l’EHPAD : elle a 83 ans et vivait jusqu’alors seule à son domicile. Les troubles psychiatriques dont elle souffrait depuis de nombreuses années ont pris de l’ampleur ces derniers mois. Ses enfants, inquiets, ont pris la difficile décision de l’installer dans un établissement. L’équipe soignante est démunie face à ses troubles du comportement qui augmentent chaque jour. Henriette souffre d’hypomanie, est de plus en plus agressive, paranoïaque, a des hallucinations visuelles et auditives très envahissantes et délire sur toutes sortes de sujets. La veille de notre entrevue, elle a tenté de découper les câbles de sa télévision avec un couteau suisse, parce qu’elle se sentait épiée au travers de ces câbles.
Lorsque je rencontre Henriette, elle a un abord charmant. Elle se dit enchantée de discuter en vidéo avec la psychiatre. Cependant lors de l’entretien, elle devient rapidement délirante, racontant avec un grand détachement qu’un homme vient la violer toutes les nuits, ou expliquant comment les prises électriques et le courant qui y passe la maintiennent de force dans son lit, qui possède des pieds en métal. L’entretien est difficile à mener pour la psychiatre, car la patiente est logorrhéique, et s’éloigne régulièrement des sujets abordés pour continuer ses délires. La psychiatre met fin à l’entretien lorsque la patiente commence à devenir plus virulente. Celle-ci se détend dès la fin de la téléconsultation, demandant à ce qu’on lui serve son goûter.
La psychiatre préconise d’introduire un anti-psychotique, tout en diminuant légèrement le dosage de l’anti-épileptique qui l’aide depuis quelques années à lutter contre ses psychoses. Enfin, l’anxiolytique prescrit à la patiente voit son dosage diminué afin d’éviter une sédation brutale de la patiente. Une surveillance rapprochée du comportement de cette résidente est également demandée, car une aggravation nécessiterait selon la spécialiste une hospitalisation en secteur psychiatrique.

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