Journal de bordNos infirmiers-ères mobiles en télémédecine partagent leur expérience du terrain

La cardiologieen Foyer d'Accueil Médicalisé

par Amandine et SoniaJanvier 2021

Les prénoms et certains détails ont été modifiés.
En tant qu’infirmières de la Policlinique mobile, nous avons pour la première fois rencontré non pas des personnes âgées résidant en Ehpad mais des personnes en situation de handicap résidant en foyer d’accueil médicalisé.Huit résidents, six femmes et deux hommes, de 44 à 70 ans à peine. Un grand contraste avec nos quasi-centenaires habituels !
Au premier abord, les locaux nous semblent familiers : des chambres organisées autour de lieux de vie, nous connaissons. Mais ici, contrairement aux Ehpad, les patients ne sont pas alités (sauf une exception) et ils marchent, parfois sans aide technique. Pourtant, la prise en charge sera différente pour les téléconsultations, puisque nous serons à chaque fois accompagnées d’une soignante référente de l’étage, qui aura la responsabilité de rassurer le résident et de l’amener à nous permettre de l’examiner avec le cardiologue.
Nous rencontrons tout d’abord Andrée, 66 ans, qui reconnaît Aurélie qu’elle a vue 3 jours auparavant pour la réalisation de l’ECG et s’accroche, confiante, à son bras. Elle s’allonge sur son couvre-lit fleuri. Elle sait qu’elle va voir le cardiologue ; l'Aide Médico-Psychologique (AMP) qui nous accompagne lui explique tout en Alsacien, cela la rassure. Elle semble surprise par la vision du médecin dans l’écran de la tablette. Lors de l’examen, Andrée a de grands fous rires incontrôlables, ce qui rend l’échographie cardiaque un peu compliquée ! Cette patiente est traitée pour de l’hypertension et présente des œdèmes des membres inférieurs. Le cardiologue décide de modifier son traitement.
Dans le couloir, Hassan, 44 ans, nous attend. C’est le benjamin des patients du jour. Il ne parle pas mais nous fait comprendre qu’il est prêt pour sa téléconsultation et nous amène à sa chambre. L’AMP lui propose de s’allonger ; il se roule en boule sur son lit. Nous essayons de l’installer sur le dos et son pull est retiré pour faciliter l’examen. Il croise ses bras spastiques sur sa poitrine puis se détend petit à petit avec nos explications. Il n’a pas d’antécédents cardio-vasculaires mais prend un lourd traitement à base de neuroleptiques.Le cardiologue s’assure qu’il n’y a pas de répercussions sur son rythme cardiaque. Hassan semble indifférent durant la consultation et ne réagit pas lorsque nous lui donnons le verdict du cardiologue.
Nous frappons à la porte de Marie-Pierre. Elle nous attend depuis notre arrivée au foyer, 2h avant les téléconsultations ! Elle s’allonge et se déshabille avec entrain, nous sommes obligées de la freiner. Marie-Pierre est la plus âgée de nos patientes du jour. Elle nous fait savoir qu’elle aurait préféré des infirmiers plus masculins et ne semble pas particulièrement charmée par le cardiologue ! L’examen se déroule sans problème. Marie-Pierre parle énormément ; nous ne comprenons pas toujours ce qu’elle dit mais elle ne semble pas nous en tenir rigueur. L’examen est tout à fait satisfaisant selon le cardiologue, pour cette résidente qui ne présente pas d’antécédents cardiovasculaires mais suit un traitement lourd pour une maladie comitiale.
Martine, 60 ans, est la patiente suivante qui accepte de nous recevoir. Elle ne dit pas un mot durant toute la téléconsultation et se laisse examiner sans opposer de résistance. Elle n’a pas d’antécédents cardiovasculaires mais le cardiologue doit s’assurer que les neuroleptiques n’ont pas de retentissement sur son cœur. L’examen est satisfaisant pour lui ; la patiente accueille la nouvelle sans émotions.
Nous nous rendons ensuite chez Virginie, dont les murs de la chambre disparaissent sous les coloriages aux motifs enfantins. Elle est assise dans son fauteuil. Elle refuse de se lever pour aller s’allonger : elle dit être tombée dans la matinée et avoir mal aux jambes. La soignante tente de la raisonner mais rien n’y fait. Cette patiente est souvent dans le refus et fait des “crises”.Virginie pousse de grands cris lorsque Aurélie pose la main sur sa cheville, ce qui nous inquiète et nous fait appeler l’infirmière.L’examen se déroule entièrement au fauteuil en position assise, ce qui n’est pas aisé en raison de la surcharge pondérale de la résidente. Le cardiologue est cependant satisfait de la qualité de l’échographie malgré ces conditions. Cette patiente avait présenté de l’arythmie, ce qui avait entraîné un AVC. Comme elle est actuellement plutôt hypotendue, le cardiologue stoppe un anti-hypertenseur. Il recommande également de changer de molécule pour l’anticoagulant mais demande un bilan sanguin avec une vérification de la fonction rénale avant de procéder à ce changement.Nous apprendrons par la suite que la patiente s’est immédiatement levée et est descendue à la salle à manger sans problème lorsque l’infirmière de l'établissement a évoqué l’heure du dîner !
Danielle est allongée dans son lit lorsque nous arrivons. Elle a 60 ans. Elle est atteinte de trisomie 21, compliquée d’épilepsie et est grabataire. Elle avait été opposante quand Aurélie était venue réaliser l’ECG mais elle se laisse mesurer la tension puis ausculter sans résistance. Nous lui expliquons chacun de nos gestes et réalisons l’échographie sans problème. Le cardiologue n’a pas pu visualiser l’aorte abdominale en raison de l’abdomen trop gonflé de la patiente. Il note un allongement modéré d’un des segments de l’électrocardiogramme, sans doute dû aux traitements mais cela ne semble pas inquiétant pour cette résidente pour qui le traitement peut rester le même.
La résidente suivante est Gabrielle, 58 ans, elle aussi atteinte de trisomie 21. Elle est debout dans sa chambre et semble agitée. La soignante tente de comprendre son problème et de la rassurer sur notre présence. Elle consent à s’asseoir au bord du lit mais refuse de s’y allonger, malgré l’intervention d’une 2e soignante. Malgré nos explications, elle refuse d’enfiler le brassard de tension à son bras. Elle réclame sa peluche Minnie, que les soignantes vont utiliser pour distraire son attention pendant qu’Aurélie réalise l’échographie cardiaque. L’examen est difficile ; la patiente est assise au bord du lit et ma collègue est agenouillée devant elle avec l’échographe. Le cardiologue obtient malgré tout des images suffisantes pour conclure que la patiente ne présente pas de cardiopathie. Gabrielle semble contente lorsque l’examen est terminé. Les soignantes la félicitent chaleureusement pour la patience dont elle a fait preuve.
Notre dernier patient est un homme de 62 ans, qui a souffert d’anoxie cérébrale à la naissance. Il en résulte une tétraparésie et de l’épilepsie. Il a été transféré de son fauteuil roulant à son lit par une soignante et nous attend allongé sous la surveillance de Johnny Hallyday, dont le poster est épinglé au mur. Richard esquisse un sourire et nous dit bonjour. Il sait pourquoi nous sommes là et nous aide au mieux pour l’examiner, malgré ses difficultés à faire obéir son corps. Il remarque également la présence du cardiologue en vidéo et s’adresse à lui. Il est malheureusement difficile à comprendre tant l’articulation de sa mâchoire semble bloquée.L’examen se déroule parfaitement. Le cardiologue conclut qu’il n’y a aucune cardiopathie ; le résident acquiesce. Il nous remercie lorsque nous partons et je peux lire la reconnaissance dans son regard.
Cette campagne a été humainement très enrichissante.Elle a renforcé notre conviction d’exercer un métier beau et utile. Nous avons rencontré huit personnes qui ont un suivi médical continu mais qui ont en cette année de pandémie été privées de leur visite chez le cardiologue. Nous espérons pouvoir encore apporter de nombreuses fois les soins directement au lieu de vie de nos patients.

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