Journal de bordNos infirmiers-ères mobiles en télémédecine partagent leur expérience du terrain

La téléconsultation de psychiatrie, un outil précieux en Ehpad

par BéréniceMars 2021

Le prénom et certains détails ont été modifiés.
Denise a 87 ans. Cela fait quelques années qu’elle réside en EHPAD. Elle a intégré l’unité de vie protégée il y a quelques mois. C’est une démence qui lui a fait quitter la maison où elle a vécu plus de 50 ans, où elle a élevé ses 5 enfants avec son époux qui vient toujours lui rendre visite. Cette démence efface sa mémoire, fait se mélanger ses souvenirs, donne aux autres l’impression qu’elle ne vit pas tout à fait dans le même monde qu’eux. Mais on peut être heureux dans un monde différent…Pourtant depuis quelques temps, les soignants qui la connaissent bien s’inquiètent.Denise pleure tout le temps, ne s’alimente quasiment plus, et ses marathons de déambulation dans l’unité de vie l’épuisent sans pour autant qu’elle trouve le sommeil. Elle ne trouve plus de réconfort dans les visites de son mari. Il devient urgent d’apaiser son mal-être.
Lorsque je rencontre Denise, le jour de la téléconsultation avec la psychiatre, elle est assise sur son lit. Tout son corps est parcouru de tremblements. La souffrance se lit sur son visage, dans ses yeux bleus voilés par les larmes. Elle ne parvient pas à articuler plus de quelques mots. Dans un mélange de français et d’alsacien, elle tente d’exprimer tout le mal-être qu’elle contient mais les mots se bousculent ou ne veulent pas sortir.La douceur de la voix de la psychiatre ne parviendra pas à l’apaiser. Chaque tentative ratée de s’exprimer se termine dans un torrent de larmes ; la détresse transparaît dans tout son corps. L’entretien est long, la psychiatre tente de comprendre ce qui a bien pu conduire à cette angoisse. Elle finit par conclure que l’antidépresseur mis en place il y a quelques semaines par le médecin traitant, pour pallier une baisse de moral, est très mal supporté par Denise. L'antidépresseur est arrêté, remplacé par un autre et un anxiolytique à action rapide est proposé. Je laisse Denise aux soins de l’équipe soignante dévouée, avec la promesse de revenir dans un mois avec la psychiatre en téléconsultation, afin d’évaluer son état.
Je reverrai Denise un peu avant la date de son rendez-vous, à l’occasion d’une téléconsultation avec une de ses voisines de chambre. Elle semble alors plus apaisée, le corps détendu ; malheureusement elle est en larmes lorsque je l’aperçois.Lors de la réévaluation, Denise est transformée ! Plus de larmes, ses yeux bleus pétillent et elle parvient à exprimer sa gratitude à la psychiatre bien que les mots lui manquent à certains moments. Les soignantes sont enthousiastes, Denise est bien moins angoissée qu’il y a un mois, elle arrive à nouveau à s’asseoir à table et à manger et elle trouve le repos nécessaire la nuit ou à l’occasion de siestes en journée. Son mari est soulagé, il reconnaît enfin sa tendre épouse et les moments partagés sont doux pour tous les deux. La psychiatre prend la décision de diminuer un peu le traitement de Denise, afin de ne pas la sédater inutilement et éviter les chutes. Son état psychique s’améliorant, la psychiatre décide d’arrêter le suivi, tout en restant disponible si le besoin s’en faisait sentir.
J’ai choisi de parler de Denise, mais tant d’autres personnes âgées sont victimes de dépression et l’expriment par tellement de symptômes ou comportements différents.La téléconsultation de psychiatrie est un outil précieux pour les conduire à un mieux-être, en prenant le temps d’échanger avec une professionnelle à l’écoute, jamais dans le jugement, et qui est toujours à la recherche de la solution personnalisée pour chaque résident. C’est à mon sens un élément essentiel à une prise en soins de qualité.

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