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Formation à la télémédecine : appuyer au bon endroit, au bon moment

Dan Grünstein
Directeur général de TokTokDoc

08.12.2021


La stratégie d’accélération en santé numérique (SASN) doit « faire de la France un leader sur l’innovation en e-santé ». Avec 2 milliards d’euros débloqués dans le cadre du volet numérique du Ségur de la santé, elle semble s’en donner les moyens. Financement, décloisonnement des silos, achat public, bases de données, IA... La feuille de route est ambitieuse. Son volet formation, doté de 81 millions d’euros, ne l’est pas moins.
Mais qui faut-il former ? Et à faire quoi ?

Un frémissement dans la formation initiale


C’est promis : 210 000 étudiants devront être formés à la santé numérique dans 24 filières et 36 universités d’ici 3 ans.
Le chemin est long. En 2017, une étude menée auprès de la Conférence des Doyens des facultés de médecine et de leurs membres associés révélait que 90% d’entre eux notaient l’absence d’enseignement de la télémédecine en première année (PACES) dans leurs universités. Ce chiffre montait à 96% pour le deuxième cycle (Diplôme de Formation Approfondie en Sciences Médicales - DFASM).
Si tous se déclaraient confiants dans l’usage de la télémédecine et sa capacité à améliorer le soin, moins d’1/3 estimaient avoir une connaissance suffisante de la législation. 9 répondants sur 10 exprimaient le souhait de développer l’enseignement et la pratique de la télémédecine dans leurs programmes : le travail initié par la SASN de conception d’un « référentiel socle et transversal de compétence au numérique en santé » semble donc plus que jamais nécessaire.

La technique, au détriment de la relation au patient ?


Parmi les publics ciblés : l’accompagnement d’ingénieurs, de juristes spécialisés, de diplômés en réglementation des dispositifs médicaux, ou encore la revalorisation des métiers des Directeurs des services d’information (DSI). Des formations théoriques, destinées à accélérer le cadre général et les fonctions supports.
Or, c’est bien sur le terrain que la présence des personnels soignants est réclamée. Aux États-Unis, une personne sur deux préfère en voir un en chair et en os plutôt qu’à travers un écran.
D’ailleurs les publics pour qui la télémédecine semble pertinente sont précisément ceux qui semblent avoir le plus besoin d’accompagnement. Toujours aux États-Unis, 78% des plus de 65 ans préfèrent la médecine « en présentiel ». Et les habitants de zones rurales ont 1,5x moins recours à la télémédecine que les urbains.

Le soin a besoin d’humain


Il faut relever cet « éloignement » relatif de la télémédecine de celles et ceux qu’elle est destinée à servir. Et arrêter de se cacher derrière la simple satisfaction technique, pour mieux écouter les attentes des patients. Selon un sondage mené en collaboration avec la Harvard T.H. Chan School of Public Health, celles et ceux qui ont eu recours à la télémédecine s’en déclarent certes largement satisfaits (82%) - pour autant ils sont une majorité à déclarer qu’ils auraient préféré un contact direct avec leur interlocuteur...
Récemment, les maires de plusieurs communes de Dordogne ont partagé ce sentiment mitigé après avoir installé sur leur territoire des bornes de téléconsultation autonomes sans assistance humaine. Si les utilisateurs notent positivement leur expérience, ils semblent bien peu nombreux (une cinquantaine en cinq mois nous dit l’un d’eux). L’accessibilité géographique et horaire (8h-22h 7j/7) ne suffit pas : les édiles soulignent une méconnaissance des équipements mis à disposition et un abord « balbutiant », faute d’accompagnement - qu’ils assurent parfois eux-mêmes.
Une absence qui limite aussi très vite les actes télémédicaux, et qui ne résout en rien la question de l’accès à la médecine de spécialité. En comparaison, les infirmières mobiles de télémédecine TokTokDoc réalisent des actes de haute volée en téléguidance avec les spécialistes du réseau. Comme des échographies cardiaques ou le dépistage des obstructions des conduits auditifs et des pathologies des tympans avec un médecin ORL.

Former les infirmier(e)s de première ligne


Le plein potentiel de la télémédecine ne sera pas atteint sans ses accompagnants et ses médiateurs : les infirmier(e)s, dont le nombre et les compétences ne cessent d’augmenter. À condition bien sûr... de les former.
Des formations ciblées, continues, pratiques, pour soutenir des professionnel(le)s déjà sur le terrain et qui ont connu les transformations de ces derniers 18 mois à vitesse grand V - sans forcément bénéficier de l’accompagnement dont elles et ils auraient eu besoin.
Le besoin de vitesse doit désormais faire place à celui de stabilité : construction de référentiels robustes, développement de formats adaptés aux infirmier(e) en exercice, d’une durée suffisante pour ne plus se cantonner à des bases théoriques ou de vocabulaire. La télémédecine sera durable. L’accompagnement de celles et ceux qui la manieront tous les jours se doit de l’être aussi.

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