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La téléconsultation seule ne rétablira pas l’égalité devant le soin

Dan Grünstein
Directeur général de TokTokDoc

23.03.2022


Dans une vidéo mise en ligne à l’occasion du salon VIVE 2022, consacré aux liens entre technologie et santé, l’institut de sondages et d’étude IPSOS dresse le portrait sans fard d’Américains éloignés du soin. Des portraits que l’on n’aurait aucun mal à transposer en France.
Les parents d’Alex, Jim et Marsha, peinent à faire fonctionner leur caméra, et expliquent avoir des difficultés récurrentes à retrouver leurs codes d’accès aux différents portails en ligne. Hisben et sa femme ne sont pas à l’aise avec la téléconsultation et préfèrent voir un médecin en face à face. Perdu dans la campagne, la connexion internet de Josh lui joue régulièrement des tours, ce qui lui impose de long trajets quand il a besoin de consulter. Jason, après plusieurs années passées en prison, a besoin de sa nièce pour ses démarches en ligne. Enfin Starlina s’inquiète de la sécurité de ses données et préfère ne pas utiliser les services que son assurance santé lui propose.

Cinq portraits, et autant de situations où
la promesse d’un retour de l’égalité devant le soin grâce à la technologie semble loin d’être tenue. Alexis Anderson (IPSOS)
parle de « techquity », autrement dit l’objectif d’une technologie qui ne laisse personne sur le bord du chemin.

Le « tout-téléconsultation » est-il un mirage ?


Seuls 24% des Français estiment que « l’offre de soins de télémédecine a permis d’améliorer [leur] accès à une consultation médicale » selon un sondage FHF-Ifop réalisé dans le cadre de la présidentielle. Ceci alors que les difficultés d’accès au soin sont de plus en plus ressenties.
On dispose aux États-Unis de données plus détaillées sur les consommateurs de soins distanciels. Le public total auprès duquel la télémédecine systématique est amenée à durer est évalué à environ 10 millions de personnes seulement. Ce qui amène certains analystes à en faire un segment de niche, voire même de luxe. Tout le monde ne peut pas se permettre une médecine 100% digitale.
En plongeant dans les chiffres, il en ressort que les utilisatrices les plus assidues sont les femmes de 21 à 40 ans en milieu plutôt urbain, et issues de classes aisées... Qu’est-ce que cela dit de la promesse d’un accès universel et simplifié à la santé ? Ce n’est pas sans rappeler le constat sévère posé par la Cour des Comptes : fin septembre 2020, 71% des médecins avaient effectué une téléconsultation - mais moins de 3% des gériatres. Seuls 9% des médecins téléconsultants l’avaient fait avec un patient hospitalisé ou résident en Ehpad. De la téléconsultation donc, mais pas pour tout le monde.

Rétablir l’égalité devant le soin


42% des Français (seulement, est-on tenté de dire) estiment que notre système de santé fournit le même accès au soin à chacun. C’est peu, pour celui qui est souvent vanté comme « le meilleur système au monde ». C’est moins, par exemple, que l’Australie (50%), le Canada (51%), Singapour (59%) ou encore l’Espagne (61%), la France se classant dans le ventre mou des 30 pays étudiés.
Ce sentiment de déclassement se ressent auprès des associations de patients. France Assos Santé ainsi a fait sienne notre devise nationale et décliné plusieurs propositions pour rétablir la liberté, la fraternité et l’égalité face au soin. L’ « égalité d’accès », l’ « égalité des territoires » figurent en bonne place.
Le tout numérique en santé risque de déclencher sur le terrain les mêmes levées de bouclier que la dématérialisation à marche forcée des services de l’État. En début d’année, c’est la Défenseure des droits elle-même, Claire Hédon, qui s’en alarmait. Avec un constat : la dématérialisation est une chance, mais pas pour tout le monde. Son impact peut être particulièrement pénalisant pour certains publics, et même alimenter des phénomènes de non-recours. En termes de santé publique, cela reviendrait à retomber dans les travers que l’on essaie de combattre.

Approche hybride


Claire Hédon encore : « il faut continuer à accompagner les personnes tout au long de leurs démarches, il est indispensable de garder deux voies d'accès ». Le numérique donc - et le physique.
La grand-messe de la santé numérique, le salon HIMSS22, vient de fermer ses portes à Orlando. Ce modèle hybride tirant parti du meilleur des deux mondes y a largement été présenté. Un savant mélange de recours à la télémédecine voire aux objets connectés pour les soins courants ou de suivi. Et de médiation humaine via les professions para-médicales au chevet des patients pour des épisodes de soin plus complexes. Le médecin intervient alors de façon ponctuelle et coordonnée comme expert au cœur du parcours patient. Le dosage se fait entre consultation physique, consultation à distance, ou consultation asynchrone (résultats d’examens transmis mais étudiés hors de la présence du patient).
Un équilibre délicat mais extrêmement prometteur qui préfigure ce que pourrait être la transformation de l’accès aux soins. De quoi éviter le recours systématique aux urgences, augmenter la prévention, générer des économies, tout en optimisant le temps des médecins, et en apportant la présence et l’assistance à celles et ceux qui on en besoin à leurs côtés.

Un modèle à développer - ou d’autres le feront


Ce modèle existe. En France, TokTokDoc associe depuis plusieurs années la technologie et l’humain. Nous intervenons au point de rencontre entre les patients et le système de soin. Nous proposons clé en main des téléconsultations à haute valeur ajoutée réalisées en présence d’une infirmière et avec des outils de diagnostics connectés permettant un large panel d’actes, des plus simples aux plus complexes.
Côté public, notre modèle convient à toutes celles et ceux qui ne peuvent pas ou ne veulent pas voir leur médecin seul devant un écran. Côte professionnels, notre offre répond à celles et ceux qui accompagnent des populations aux besoins complexes ou qui, face à une demande pressante et croissante, manquent du temps qu’ils voudraient leur consacrer. Nous travaillons auprès des publics fragiles avec les établissements médico-sociaux, les Agences régionales de santé, mais aussi dans les déserts médicaux avec les Maisons France services ou les collectivités.
La force publique est garante de la solidarité et de notre égalité devant le soin. Elle doit continuer à l’être en se saisissant de ces outils. Le risque est, comme aux États-Unis, de voir les géants du numérique envahir le champ de l’accès à la santé. Ce modèle hybride est par exemple mis en place par Amazon Care, qui déploie désormais ses services auprès des entreprises de 50 états.
Une intervention des acteurs privés qui pose d’autres questions. Selon la même étude citée plus haut, à peine 27% des Américains jugent que leur système de santé permet un accès égalitaire aux soins. Est-ce vraiment le modèle que nous voulons ?

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