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‌Le médecin de famille est mort, vive l’infirmière traitante !

Dan Grünstein
Directeur général de TokTokDoc

15.06.2022


Je ne vous apprends rien : la France compte de moins en moins de médecins. Moins nombreux numériquement, ils sont aussi moins accessibles dans l’espace (plusieurs dizaines voire centaines de kilomètres pour voir un spécialiste) - et par la force des choses, dans le temps (quelques mois pour prendre un rendez-vous).
Le modèle du « médecin de famille », qui connaît sur le bout des doigts l’historique de son patient et se déplace chez lui, a bel et bien vécu. Or
l’évolution de la population française montre que le soin primaire et de proximité est et sera plus que jamais nécessaire dans les années à venir.

La médecine à domicile est un truc de vieux


Côté médecins, les deux tiers de celles et ceux pratiquant encore les visites à domicile sont âgés de plus de 50 ans. La part de ces visites dans l’activité des médecins généralistes est passée de 38% en 1980 à moins de 9% en 2016. Extinction programmée, donc.

Côté patient, les personnes atteintes d’affections de longue durée (ALD) représentaient 16% de la population française en 2016 - mais 67% des visites à domicile. La moitié des patients visités avaient plus de 70 ans. Autrement dit : en abandonnant le domicile, ce sont les personnes aux profils de soin les plus complexes et les personnes âgées que nous sommes en train de laisser de côté.

C’est une catastrophe humaine, mais surtout le meilleur moyen de faire tomber notre système tout entier. En 10 ans,
le nombre de patients en ALD a presque doublé. La part des plus de 60 ans est passée de 17% en 1980 à 27% en 2020, elle atteindra 34% en 2070. À cette ampleur numérique s’ajoute un multiplicateur économique : parmi les ALD, le diabète, les maladies cardio-vasculaires et les cancers représentent à eux seuls un quart des dépenses annuelles de l’assurance maladie. Les personnes âgées de 60 ans ou plus en concentrent plus de la moitié.

En première ligne, il faut compter sur les infirmières


En n’allant plus à la rencontre du patient (ah, la fameuse médecine « de l’offre »...) on s’expose collectivement à une explosion programmée. Dont seuls les infirmières et infirmiers pourront nous sauver. Contrairement aux médecins généralistes, l’évolution de la densité des infirmiers libéraux est positive sur 94% des bassins de vie en France depuis 2006, avec une forte croissance de 5,9% par an.

La France fait partie des pays qui ont peu de médecin mais beaucoup d’infirmiers. Nous sommes
au-dessous de la moyenne européenne pour les uns, au-dessus pour les autres. Le modèle à suivre : la Norvège, la Suède, le Danemark, la Suisse ou l’Allemagne. Tous ont créé des modèles de soin où les infirmiers disposent de compétences élargies dans des domaines tels que la promotion de la santé, le suivi des maladies chroniques, et assurent des consultations de premier recours.

Le système danois par exemple est à ce titre particulièrement éclairant. Le pays a développé un modèle de soin de « long terme » (visant à réduire la perte d’autonomie et à maintenir la dignité des personnes aussi longtemps que possible) accessible à tous et fortement axé sur le domicile. La part de personnes âgées de 65 ans et plus ne résidant pas à leur domicile a baissé de 7,5 à 5,8% en 10 ans. 20% des plus de 75 ans ont reçu une visite de prévention chez eux en 2018.

Travail d’équipe & infirmière traitante


Rappelez-vous : de quoi le médecin de famille est-il le vestige ? De la connaissance patient et du déplacement à son chevet. Autrement dit, un système centré sur la personne et ses besoins, plutôt que sur l’offre (le fameux « hospitalo-centré »). À l’heure où la prévention santé fait son entrée par la grande porte au gouvernement, allons-nous enfin assister à l’avènement d’un système fondé sur la santé publique et non plus sur les soins ? De démarches populationnelles et territorialisées, au plus près des besoins ?
Avec une infirmière « traitante » au centre et un écosystème humain, traitant et technologique autour d’elle, c’est tout une coordination au bénéfice des patients qui est à inventer. Un soin d’équipe (« team-based care ») avancél’infirmière, bras armé du médecin traitant, assure les visites sur le terrain et fait appel grâce à la télémédecine (synchrone ou asynchrone) aux spécialistes quand leur intervention est la plus utile. Un modèle qui existe avec la Policlinique mobile TokTokDoc, sur une filière (en EHPAD) où le besoin se fait particulièrement sentir, et qui est extrapolable au domicile.
Cette vision de « parcours » s’accompagne, toujours au Danemark, d’une plus grande satisfaction des usagers. Mesurée chez les personnes âgées de 67 ans et plus, elle y atteint plus de 80% « satisfaits » ou » très satisfaits ». Quand, en France, les 2/3 des personnes interrogées dans une étude Odoxa anticipent une dégradation de notre système de santé. La solution est devant nous :dans la même étude, 66% des répondants se déclarent prêts à consulter auprès d’une infirmière plutôt qu’un médecin si cela permet de garantir la permanence des soins.

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