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Oui, un président devrait dire ça

Dan Grünstein
Co-fondateur & Directeur général de TokTokDoc

13.01.2023


Il y a des mots que l’on n’ose pas dire, et d’autres que l’on aimerait entendre. Surtout quand on travaille dans le secteur de la santé. Vendredi dernier 6 janvier, le chef de l'État en a dit beaucoup, devant 180 salariés du Centre Hospitalier Sud Francilien. Des mots qui vont dans le bon sens, alors que notre système n’est plus que l’ombre de lui-même. Et qui nous parlent particulièrement chez TokTokDoc. Voici pourquoi, chiffres à l’appui.

Les médecins sont en train de perdre la bataille entre le soin et le temps


Ce qu’il a dit :
« Notre défi collectif, c'est à court terme, de dégager du temps de médecins face aux patients, du temps de soignants face aux patients et donc de complètement repenser notre organisation collective. »
Pourquoi c’est important ?
Plus de besoins, moins de médecins, une géographie inégalitaire et un creux démographique attendu jusqu’en 2035 au moins, c’est le cocktail détonnant de l’accès aux soins aujourd’hui. Enfin ce qu’il en reste.
Un médecin qui suit 1900 patients en tant que médecin traitant dans la Somme, ce n’est pas une victoire (moyenne française : 800). Une autre qui explique qu’elle n’a « pas l’impression de faire la médecine que j’espérais faire », en décrivant des rendez-vous où « on est toujours obligés de se presser », c’est une défaite, pour les patients comme pour elle.
Le soin demande du temps. Les patients en demandent. Comment concilier dans une même journée la prévention, les soins d’urgence, le suivi des maladies chroniques, et les démarches administratives ? Aux États-Unis, il a été estimé qu’il faudrait 11h de temps médical de plus en une journée pour pouvoir gérer les maladies chroniques correctement. Rappelons que les maladies chroniques sont en forte hausse en France...
Le chiffre TokTokDoc
Depuis bientôt trois ans, nous travaillons à redonner du temps médical aux personnes résidant en Ehpad, qui présentent pour le coup des profils de soins et des pathologies particulièrement complexes. Le résultat ? 94% des soignants interrogés voient une amélioration de la qualité du temps qu’ils accordent aux patients. Alors, comment avons-nous fait ?

Télémédecine & pratique coordonnée « au meilleur des compétences »


Ce qu’il a dit :
« La solution pour bâtir l’avenir, elle est dans la coopération [...]. Les médecins généralistes doivent pouvoir se concentrer sur la santé et rien que sur la santé. [...] La délégation d'actes doit être simplifiée, généralisée. »« Je le dis très clairement, le seuil de 20 % de téléconsultation qui a été mis n'est pas une bonne idée. [Il faut] développer la télé-expertise, la télésurveillance, qui est une bonne chose. »
Pourquoi c’est important ?
On tient là deux moyens pour faire plus (de soin) avec moins (de temps médical). D’abord, améliorer la coopération et la coordination entre des médecins surchargés et les professions paramédicales, notamment les infirmiers et les infirmières. C’est la profession de santé la plus dense, leur montée en compétence ne cesse d’avancer. Elle ouvre la porte à une décongestion d’un système centré sur la pratique libérale isolée. Aux États-Unis une étude datant de cet été évalue qu’entre 30 et 50% de « temps médical disponible » est gagné grâce au travail organisé en équipes traitantes.
Côté télémédecine, la pandémie a accéléré de plusieurs années l’adoption et l’acceptabilité des innovations numériques et technologiques en santé. La population des territoires en sous-densité médicale a doublé en 4 ans, et une télémédecine organisée, encadrée, pensée pour tous, est un moyen formidable d’abolir les distances. La limiter est particulièrement discriminant pour les personnes âgées, plus difficiles à déplacer, et qui sont les premières à bénéficier d’un accompagnement soignant (infirmière) lors de tels actes.
Le chiffre TokTokDoc
Notre organisation repose précisément sur ces deux points : coordination entre professionnels & abolition des distances grâce à la télémédecine. Dans les Ehpad dont je vous parlais plus haut, TokTokDoc permet de réaliser des téléconsultations et téléexpertises avec des médecins généralistes et spécialistes, si besoin avec le déploiement d’infirmières mobiles expertes équipées d’outils de diagnostic connectés. 8 spécialités sont disponibles : cardiologie, dermatologie, ORL, psychiatrie, bucco-dentaire…
Résultat : l’accès aux consultations de spécialité a été multiplié par 3 par rapport à la moyenne nationale. Nos infirmières mobiles sont aujourd’hui des acteurs essentiels de l’accès et de la coordination du soin, au service des patients, des établissements et des médecins.

Forfait vs acte : sortir de la myopie


Ce qu’il a dit :
« C’est une logique exclusive dans la tarification à l'acte qui a créé beaucoup de dysfonctionnements dans le système. [...] On doit sortir de la tarification à l'activité [...] pour être sur un financement à la mission, à la réponse en termes de santé pour une population. »
Pourquoi c’est important ?
Le soin centré sur l’acte ne l’est pas sur la personne. Il entraîne une fragmentation du parcours de soin. Or sur 6 affections de longue durée (ALD) étudiées, 12 à 30 professionnels de santé différents et 1 à 4 types d’intervenants sociaux sont actuellement nécessaires selon le HCAAM... Les modèles alternatifs (à l’épisode de soin, au forfait, capitation) permettent d’aligner les équipes soignantes derrière les mêmes enjeux et objectifs, et d’augmenter l’incitation à coopérer. Un fonctionnement déjà largement développé à l’étranger.
Un système dont la plus petite mesure est l’acte se révèle en outre, on l’a vu ces dernières années, peu efficient financièrement. À l’inverse, le fonctionnement au forfait, à condition qu’il soit organisé et piloté, est générateur d’économies substantielles. Les Accountable care organizations (ACO) américaines, financées sur des critères de qualité des soins et responsables de leurs dépenses, ont économisé 1,6 milliards de dollars en 2021 - de 100 à 300$ par personne et par an, avec des objectifs de santé atteints.
Le chiffre TokTokDoc
Dans les Ehpad avec qui nous travaillons, notre intervention repose sur un financement forfaitaire au parcours et non plus à l’acte, accompagné d’une rétrocession à tous les acteurs impliqués (établissements, médecins). 100% des personnels évaluent une amélioration de la régularité du suivi médical. 20 à 40% de réduction moyenne des hospitalisations ont été constatées selon les premières enquêtes. L’étude plus précise de l’évolution des paniers de soin est en cours.

Liberté, égalité, santé


Je suis à la tête d’une entreprise innovante de plus de 60 personnes qui, en tant qu’acteur de santé, essaie tous les jours de reconnecter la demande et l’offre de soin en France. Tous ces mots, j’avais besoin de les entendre.
Quand le politique (mieux : le président de la République) accepte de dresser un constat réaliste par rapport aux remontées du terrain, c’est aux décideurs (pouvoirs publics, administrations) et aux faiseurs (hôpitaux, industriels) de se saisir des problèmes et de proposer des solutions
Tous ces acteurs seront-ils capables de s’entendre et de dessiner la médecine de demain ? Le mot « liberté » a été prononcé six fois dans ce discours. La liberté, c’est « le pouvoir qu'a la volonté de se déterminer sans subir aucune contrainte ». C’est à nous (toutes et tous) de s’en saisir pour faire passer l’intérêt général avant les intérêts particuliers. La solution sera collective - ou ne sera pas. Ces mots aussi ont été prononcés :
« Tous ceux qui voudront bâtir des solutions en opposant les uns aux autres nous feront perdre du temps et en quelque sorte, rendront le système encore plus inefficace ».
Chez TokTokDoc, nous sommes prêts.

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