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Pour que la santé ne reste plus à la porte des Ehpad

Dan Grünstein
Directeur général de TokTokDoc

23.02.2022


Comment parler dignité et vie sociale avec quelqu’un qui a mal ? Avec quelqu’un souffrant de déshydratation, en hypoglycémie, en fibrillation ventriculaire ? Comment faire rire et prendre le temps face à quelqu’un qui a un tympan percé, une occlusion intestinale, ou qui est en dépression profonde ?
Nous avons
écrit ailleurs qu’une crise sanitaire se jouait dans les Ehpad. Nous devons faire face à un formidable effet ciseau entre un besoin en soin qui ne cesse d’augmenter, et une disponibilité médicale qui ne cesse de baisser.

Soigner celles et ceux qui ont besoin de l’être


Et si vous trouvez que c’est exagéré, gardez ce chiffre en tête : une personne en Ehpad cumule en moyenne 8 pathologies. Les 2/3 souffrent d’un syndrôme démentiel, d’hypertension artérielle. La moitié de syndrômes abdominaux. Leurs « profils de soin » (sorte de portrait médical) deviennent si denses qu’une seule page ne suffit plus depuis bien longtemps à les définir. On parle là de situations humaines extrêmement complexes.
On entre désormais à 86 ans et six mois en moyenne dans un Ehpad. C’est le résultat d’un raz-de-marée démographique qui commence à peine. Mais aussi le revers d’un maintien à domicile de plus en plus « performant ». Vouloir (et arriver à) maintenir une personne dans son environnement familier signifie aussi que le moment où elle en sortira pour aller en établissement sera aussi celui où son besoin de soin nécessitera une prise en charge très importante.
Comment imaginer qu’un accompagnement ne devrait pas prendre en compte prioritairement cet aspect ? Pour pouvoir échanger, il faut d’abord pouvoir entendre - un sens diminué chez 66% des résidents d’Ehpad que nous avons examinés en 2021 lors de journées de dépistage et de suivi oto-rhino-laryngiques. La perte auditive est variable en intensité mais de simples bouchons de cérumen non diagnostiqués peuvent l’aggraver de 20% et entraîner une désocialisation à l’origine de troubles cognitifs.

Le bien-être a besoin de la santé (et réciproquement)


Parler de « médicalisation » fait peur. C’est un terme technique. Il peut paraître réducteur. Impliquer de ramener brutalement des personnes à une condition de patients.
Et effectivement, les résidents d’Ehpad ne sont aujourd’hui plus des patients... car ils ne voient plus de médecins. Plus de la moitié des Ehpad fonctionnent avec un temps de médecin coordonnateur inférieur aux seuils réglementaires. Les consultations de médecins généralistes prises en charge par l’Assurance maladie ont diminué de 30% en deux ans ! Pour une personne sur cinq, l’entrée en établissement est associée à une perte de médecin traitant.
Non, il ne faut pas opposer le « cure » (qui serait affaire de maladie) et le « care » (qui concernerait le bien-être). Ils sont liés. L’Organisation mondiale de la Santé (OMS) définit la santé comme « un état de complet bien-être physique, mental et social, [qui] ne consiste pas seulement en une absence de maladie ou d’infirmité ». On parle bien de bien-être.
Alors oui, la ligne de crête entre sur- et sous-médicalisation est étroite et délicate à parcourir. L’Ehpad qui surinvestirait ses soins deviendrait un hôpital, celui qui les négligerait deviendrait maltraitant. Mais il faut être honnête sur la situation actuelle. À chaque instant, il y a à peine plus d’1 infirmière pour 100 personnes en Ehpad en prenant en compte les gardes de nuit. Et sans compter les absences.
Prenez le temps de lire ce chiffre. La « surmédicalisation » est-elle vraiment le danger qui nous guette...? Ou à l’inverse, sommes-nous collectivement en train de transformer les Ehpad en déserts médicaux ? Avec les risques, réels ceux-ci, de diminuer dramatiquement le confort de vie des 600 000 personnes qui y résident ? Car ce temps médical ne fait pas que disparaître. Il est souvent compensé tant bien que mal, avec les moyens du bord. La Cour des Comptes parle de personnel « faisant fonction », faute de ressources, et qui en ressort d’autant plus fragilisé que son implication est forte.

Déplacer le soin, pas les patients


Bien sûr, il est nécessaire d’équilibrer le lieu de soin et le lieu de vie. Comme tous les travailleurs du secteur, les habitants d’Ehpad, les familles, les aidants, nous en avons conscience. Mais il n’est pas possible d’apporter de la chaleur humaine de la joie, du respect sans soigner la personne qui souffre, qui a un escarre, qui frôle le coma diabétique, qui fait des chutes à répétition en raison de son insuffisance cardiaque, ou qui devient agressive car sa pathologie neurologique évolue.
Oui, nous aimerions tous avoir des soignants, des médecins (1% du personnel actuellement...) en plus dans chaque établissement. Et des ambulanciers. Et des familles disponibles pour accompagner les consultations. Mais personne ne les a.
Ce que nous avons, ce sont des infirmières et infirmiers en nombre, seuls capables de « renouveler » immédiatement notre stock de temps médical face à la démographie déclinante des médecins pendant au moins 12 ans.
Ce que nous avons, c’est la télémédecine - mais pas n’importe laquelle. Fin septembre 2020, 71% des médecins avaient effectué une téléconsultation - mais moins de 3% des gériatres. Seuls 9% des médecins téléconsultants l’avaient fait avec un patient hospitalisé ou résident en Ehpad... signe qu’un accompagnement, une médiation, sont nécessaires. Et que le modèle de télémédecine en SaaS (Software-as-a-Service, mise à disposition de logiciel facturé à l’usage), laissé entre les mains du personnel de l’établissement (ou pire : du patient seul) ne nous sauvera pas.
Ce que nous avons enfin, ce sont des opportunités de mutualisation des ressources médicales entre les établissements. Une mécanique vertueuse que tous les rapports réclament.
Un modèle mutualisé de télémédecine avec une médiation assurée par des infirmièr(e)s expert(e)s, sachant utiliser le système de visio, les objets médicaux connectés, et faire de la coordination avec les médecins traitants, les médecins spécialistes et les familles : c’est le renfort que propose la Policlinique Mobile TokTokDoc depuis plus de 18 mois. Une solution « prête à soigner » dès aujourd’hui (pas demain), sur tout le territoire, financée dans le cadre de l’article 51 de la LFSS 2018 par l’Assurance maladie, et agréée par le Ministère des Solidarités et de la Santé. Avec des résultats probants, et des différences faites sur le terrain.
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