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Surveiller ou soigner ?

Dan Grünstein
Directeur général de TokTokDoc

10.11.2021


En août, Google a fait un pas en arrière dans la santé. Dans le même temps, Apple a mis un frein à son programme comportemental HealthHabit. Derrière ces deux événements, les témoignages internes font état d’une capacité inférieure aux prévisions à embarquer les patients. Et de l’insuffisance de la technologie pour « améliorer seule l’expérience globale du soin ».
Vendre de la technologie et prodiguer du soin seraient-ils deux missions irréconciliables ?

Santé (dé)connectée


Quelques chiffres venus des États-Unis méritent que l’on s’y arrête. Une étude publiée en septembre 2021 par l’Office of the National Coordinator for Health IT relève que la principale résistance à l’usage des dossiers médicaux dématérialisés reste la même depuis quatre ans : 7 personnes réticentes sur 10 préféreraient parler directement à leur interlocuteur soignant.
Ailleurs, l’AARP (American Association of Retired Persons) est une organisation à but non lucratif qui accompagne plus de 38 millions de retraités américains vers le « bien vieillir ». Elle pointe que 80% des plus de 50 ans n’ont toujours pas confiance dans la confidentialité des échanges en ligne en 2021. Un tiers font de ce point leur premier frein à l’usage d’une nouvelle technologie.
Est-il donc si surprenant de lire que la totalité des téléconsultations enregistrées en 2020 aux États-Unis aurait été effectuée par à peine 13% de la population ? Et même majoritairement par un groupe très précis, les femmes de 20 à 49 ans. Un recours extrêmement segmenté donc. Les auteurs du rapport enregistrent au passage des baisses de près de 30% du nombre de téléconsultations dans certains états depuis le pic de la pandémie.

De l'outil au soin


Ces chiffres montrent le besoin d’intermédiation (et d’intermédiaires tout court) dans l’accès à la télémédecine. Un accompagnement qui ne peut pas être que technologique. Le retrait prudent opéré par Google et Apple (notamment) est loin d’être total. Depuis 2018, les Apple Watch peuvent détecter les chutes ; une capacité étendue aux iPhones avec iOS 15. Alexa, l’assistant vocal d’Amazon, peut envoyer une alerte quand une personne ne l’utilise pas pendant un certain temps.
Forts de leur notoriété, les GAFAM font pousser ces dispositifs comme des champignons (y compris en les proposant gratuitement aux maisons de retraite. Ils généralisent des outils, répandant l’impression qu’il suffirait de surveiller pour soigner. Or ce n’est qu’un point de départ. Peu importent les outils d’aide à la décision, il faut toujours quelqu’un pour la prendre, l’accompagner, l’expliquer. Qui gèrera le soin et sa complexité ?
En promettant de calmer les anxiétés, certains dispositifs d’auto-soin ou de télésurveillance amenés trop rapidement au public peuvent avoir l’effet inverse. L’afflux de données et d’informations peut être contre-productif quand il aboutit à la pathologisation de la vie quotidienne et à générer des questions laissées sans réponse.

La technologie pour graduer


Certains acteurs se sont très bien emparés du sujet. Exemples parmi d’autres : Resilience (récemment acquéreur de Betterise) et Moovcare accompagnent les personnes atteintes de cancer. Avec l’augmentation des maladies chroniques, une population vieillissante et un nombre de médecins en baisse, le suivi de ces patients se desserre. Conséquence : des malades laissés à eux-mêmes et en souffrance, une adhérence difficile aux traitements, et un risque accru de rechute.
Se basant toutes les deux sur des remontées patients régulières par voie numérique (signes vitaux, sensations, effets secondaires...), ces entreprises recréent un point de contact et de communication avec les soignants. Les informations récoltées nourrissent des algorithmes capables d’analyser à la fois les symptômes ponctuels et la dynamique des réponses sur le long terme. Et de détecter avec des scores de sensibilité et de spécificité importants les risques de rechute : de quoi optimiser le temps médical plutôt que d’imaginer le remplacer.
Il faut désormais, comme le défend l’historienne et enseignante à Berkeley Hannah Zeavin, passer du tandem patient / soignant à un trio équilibré patient / technologie / soignant. Un réglage fin à ajuster selon les pathologies et des situations. Ainsi en oncologie, les algorithmes et la remontée autonome de symptômes ont permis des avancées auprès de patients en auto-management. Mais dans le cas de la prévention de la perte d’autonomie, ou auprès de publics plus fragiles en établissements, c’est un tout autre appui (organisationnel, humain et soignant) qui doit accompagner la technologie. C’est celui que propose TokTokDoc.

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