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Il est grand temps de se préoccuper de l’audition de nos anciens

Laurent Schmoll
Co-fondateur & Président de TokTokDoc, Chirurgien ORL

18.01.2023


728 000 personnes fréquentent un établissement d'hébergement pour personnes âgées.
85 ans est l’âge moyen d’entrée dans une structure.
87 ans est l’âge médian des résidents.
100% des résidents présentent des troubles auditifs dont l’intensité est variable…
La relation troubles auditifs et troubles cognitifs est avérée depuis longtemps, ainsi, il est grand temps de se préoccuper de l’audition de nos anciens !

Faire entrer la médecine et la prévention au sein des Ehpad


Madame la Ministre Agnès Firmin le Bodo l’affirme : il faut « faire entrer la médecine et la prévention au sein des Ehpad, plutôt que d’espérer le contraire ».
L’Ehpad est le domaine d’intervention historique de TokTokDoc, plus de 700 sites bénéficient de son expérience. La startup déploie, outre sa solution de télémédecine agile sur tablette, une Policlinique mobile de télémédecine qui accompagne les patients lors des téléconsultations. Au cours des 3 dernières années plus de 300 journées de soins de prévention ont été réalisées dans le domaine de l’audition.
Alors posons clairement les choses.
Avant toute digression concernant la réalisation d’un bilan audiométrique et son corollaire, la mise en place d’une aide auditive, il faut d’abord examiner les conduits auditifs et les tympans des résidents. Il faut penser clinique avant de parler technique d’audiométrie ou appareillage.

La clinique prime !


Chez TokTokDoc, grâce à nos infirmières formées aux outils de télémédecine, nous avons examiné les oreilles de plus de 12 000 résidents, soit près de 24 000 tympans, les résultats sont éloquents : 68% présentent des pathologies des conduits auditifs dominés à 98% par de « simples » bouchons de cérumen. Le reste des diagnostics se distribuent entre eczémas des conduits, perforations des tympans, corps étrangers, otites séreuses…, lesquels nécessitent un avis ORL spécialisé.
Quand on sait qu’un bouchon fait perdre 15 à 20% d’audition, perte qui se cumule avec la perte naturelle (entre 30 et 50% en moyenne à 85 ans) on mesure combien il est indispensable d’examiner et d’ôter de « simples » bouchons.
Quand on sait aussi que la perte auditive aggrave les troubles cognitifs en isolant le résident dans un monde appauvri en stimulations sonores, on mesure plus encore la nécessité d’un examen des conduits auditifs.

Des examens très rarement réalisés


Pourquoi ? Parce que l’examen du conduit auditif est un geste médical et nous manquons de médecins dans ces structures. La solution ? Il faut développer la délégation de tâches. Les infirmières réalisent l’examen otoscopique et adressent les photos, par télé-expertise, aux médecins. Ceux-ci portent le diagnostic et délivrent la prescription.
On ne peut plus, on ne doit plus laisser se dégrader une personne âgée sur le plan cognitif pour de « simples » bouchons de cérumen. C’est ce que nous avons fait, chez TokTokDoc, depuis 3 ans, avec d’extraordinaires résultats en termes de satisfaction patients, doublé d’une satisfaction des familles et des soignants.
Voilà la réalité de terrain et la première étape d’une consultation otologique. Quand nous aurons enfin généralisé cet examen nous pourrons passer à l’examen audiométrique et son corollaire la mise en place, éventuelle, d’une aide auditive.

Les aides auditives : pour qui et pourquoi ?


Chez TokTokDoc, nous avons aussi franchi ce pas et réalisé des télé-audiométries au cours des 2 dernières années. Nos médecins ont piloté des audiomètres connectés, à distance, reliés à des casques auditifs. Une cinquantaine de patients en Ehpad, accompagnés par les infirmières de la Policlinique mobile, ont pu bénéficier de tests audiométriques, similaires à ceux réalisés en présentiel. Précision étant faite que ces examens distanciels sont chronophages (3 fois le temps habituel en présentiel) et non coté à la CCAM.
Les résultats sont instructifs. Moins de 10% des résidents ayant bénéficié d’un examen des conduits auditifs, tel que décrit précédemment, ont été en capacité de réaliser un examen audiométrique essentiellement en raison de troubles cognitifs sévères. Concernant les résidents dépistés seuls 20% ont finalement été appareillés. Ainsi pour un Ehpad de 100 lits seuls 2 résidents, qui n’avaient jamais été appareillé antérieurement ont bénéficié d’un primo-appareillage.
Appareiller une personne âgée est complexe mais indispensable si celle-ci est en capacité de répondre aux sollicitations lors des tests mais aussi capable de manipuler les aides auditives et de changer les piles.
Et pour les résidents, appareillés de longue date ? L’expérience Samid (Service d’aide aux malentendants institutionnalisés ou dépendants) a servi à sensibiliser les équipes soignantes des Ehpad sur l’importance de la fonction auditive et à les former pour qu’elles soient en mesure d’aider le patient appareillé pour la gestion quotidienne de son appareillage auditif. Résultats, dans les Ehpad au personnel formé, le pourcentage de port régulier et efficace des appareils est passé de 18 à 86 %.
Ainsi les résidents non appareillés avant 85 ans sont peu nombreux à pouvoir bénéficier d’un primo-appareillage auditif, en revanche pour ceux ayant l’expérience des prothèses auditives l’environnement s’avère primordial au suivi des malentendants.

Passer du constat à l’action


Nous avons des écueils dans notre pays… La loi qui régit la profession d’audioprothésiste interdit notamment le déplacement dans les structures d’hébergement même pour des actes de suivi prothétique pourtant intégrés dans le coût de l’appareillage. Comment concilier la loi et l’indispensable suivi des patients appareillés ?
Peut-être grâce à une expérimentation Article 51, en cours, menée par les Professeurs Christophe Vincent et François Puisieux. Elle associe des coordinateurs de filière gériatrique, des professionnels hospitaliers et libéraux, des associations d’usagers et de familles, des audioprothésistes et des orthophonistes. Sans préjuger des résultats mais en se fondant sur ceux de SAMID, lorsque nous avons une équipe pluridisciplinaire associant gériatre, ORL, audioprothésiste et une formation des équipes infirmières nous devrions avoir des résultats probants sur une amélioration auditive et cognitive avec pour corollaire un bénéfice sur le bien-être ressenti par le patient.
Mais serons-nous capables de mettre en œuvre de telles équipes dans tous les Ehpad de France et d’améliorer ainsi la santé de nos aînés ? Pour assurer le futur de la prescription de l’aide auditive, il faut :● Autoriser et nomenclaturer la télé-audiologie entre un ORL et un patient accompagné par une infirmière en établissement pour personnes âgées.● Autoriser la délégation de tâche à l’infirmière au chevet du patient et la rémunérer pour assister le patient lors de la télé-audiologie.● Autoriser le déplacement des audioprothésistes, en Ehpad, pour le réglage et l’adaptation des aides auditives.● Autoriser la télé-prescription des aides auditives par les ORL en collaboration avec les audioprothésistes pour le grand public tel qu’évoqué dans un post précédent.

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