Un programme de soins intégrés démontre son efficacité auprès d’un public de 78 ans en moyenne avec un score de risque élevé, et le ministère de la Santé choisit de le développer.
Un détail : c’est aux États-Unis que ça se passe… Le PACE « se détache par son efficacité à réduire les hospitalisations et les passages aux urgences coûteux ». Il existe depuis dix ans sur le terrain. Près de 100 000 personnes en bénéficient. Et des résultats majeurs viennent d’être publiés. Qu’en retenir pour la France ?
48 000 personnes ne peuvent pas avoir tort
Le #PACE c’est le Program of All-Inclusive Care for the Elderly. Autant dire que ça nous parle chez TokTokDoc. Il s’adresse aux personnes de 55 ans et plus éligibles à une prise en charge en établissement. Une seule organisation prend en charge Medicare et Medicaid, les deux assurances publiques américaines, avec un forfait unique. Une équipe pluridisciplinaire construit le plan de soins avec la personne et sa famille. Pas de ticket modérateur, pas de reste à charge.
Un échantillon de 48 000 bénéficiaires a servi à le comparer à deux autres programmes, avec leurs propres groupes témoins, appariés sur le score de propension, dans les mêmes États, à pathologies égales. Tous les scores ci-dessous sont significatifs.
- Recours aux urgences : le PACE obtient une amélioration (0,760). Les D-SNPs et les FIDE-SNPs sont au-dessus (1,302 et 1,187).
- Hospitalisations : le PACE est en dessous (0,951). Les deux autres, encore au-dessus (1,086 et 1,075).
- Décès : les trois modèles sont en dessous de leur groupe témoin. Le PACE à 0,869.
Des résultats d’autant plus remarquables que la population suivie par le PACE avait avant ajustement le taux d’hospitalisation le plus élevé du panel, 26,45% contre environ 18 % pour les autres. Mais aussi le taux de mortalité le plus élevé (12,35%). Ah, et c’était aussi la population la plus âgée, et la plus malade.
Une équipe pluridisciplinaire pleinement intégrée, au chevet du patient
Dans l’esprit des évaluateurs, il n’y a visiblement aucun doute : c’est la prise en charge par une équipe pluridisciplinaire pleinement intégrée qui a permis d’obtenir ces résultats. Ils avancent même une hypothèse, appuyée sur une étude de 2024 : de tels résultats sont impossibles à obtenir avec un accompagnement à domicile hors institution. Un Ehpad, avec son personnel soignant sur place, absorbe des situations qui sinon auraient fini par envoyer le patient aux urgences.
Encore faut-il que le personnel ait accès aux bonnes ressources médicales au bon moment, en sus de celles dont il dispose… C’est précisément ce à quoi on contribue chez TokTokDoc avec un accès distanciel protocolisé à des médecins généralistes, spécialistes, ou en soutien à la coordination. Grâce à une modalité encore sous-estimée : la télémédecine assistée. Une expertise distancielle, un accompagnement présentiel, et l’infrastructure humaine + logicielle pour faire tourner tout ça.
Mieux : dans notre modèle de Policlinique de Télémédecine, opérationnel depuis 6 ans dans le Grand Est auprès de 17 Ehpad, ce sont nos infirmières spécialement formées qui se déplacent en support des équipes. Avec un impact là aussi sur les hospitalisations évitables (entre autres).
Comment financer cette présence médicale continue dans les établissements ?
Dans le cas du programme PACE, c’est plus simple. Aux Etats-Unis, c’est la structure porteuse qui fournit tous les soins. Une hospitalisation évitable coûte cher à l’organisation PACE elle-même. « Les incentives sont alignés », comme on dit. Mais en France ? Si le résident ne part pas à l’hôpital, c’est le système qui fait des économies. Pas l’Ehpad.
Sauf… avec le modèle qui a été esquissé dans l’article 39 du projet de loi de financement de la sécurité sociale (PLFSS) pour 2027 [disclaimer : à l’heure où j’écris, le PLFSS a été rejeté en première lecture par l’Assemblée nationale, et le texte poursuit son examen au Sénat]. Il prévoit que les Ehpad soient « intéressés financièrement à l’efficience et à la pertinence des activités de soins et de prévention de la perte d’autonomie ». Et qu’en fonction des résultats obtenus, ils puissent se voir attribuer « une dotation complémentaire »
Une hospitalisation évitée = de l’argent qui repart dans le budget de l’établissement. C’est indiqué oui. Mais pas encore voté, pas encore décrété, pas encore opérationnel, bref, pas encore opérant. Le mécanisme doit encore être défini. Et le temps manque.
L’argent, ce n’est pas sale, surtout quand ça change des vies
InnovAge est le plus grand organisme PACE aux États-Unis. Ils viennent de publier leurs résultats financier au 4e trimestre et leurs perspectives pour 2027. Ils attendent « 8625 à 8850 patients » suivis pour « 1,050 à 1,085 milliards de dollars de chiffres d’affaires » et 10% d’EBITDA. Ils emploient 2500 personnes. Oui vous comptez bien : cela fait 1 salarié pour 3,5 patients.
Pourquoi j’écris cela ? Car j’aimerais que l’on imagine le potentiel d’économies et d’efficience pour le système de santé français si on se concentre sur la population âgée, vulnérable, institutionnalisée. D’immenses gisements s’y trouvent. Le bilan récent de Perf’Ehpad, lancé en 2025, l’a montré sur d’autres aspects : hausse des recettes, optimisation des dépenses, mutualisation, réorganisation, et à la sortie 275 000 € d’économies par établissement.
L’incitation financière est nécessaire. Comme partout, et comme toujours, elle orientera les efforts. Et donc le suivi médical continu. Et donc le bien-être des résidents, des familles, des équipes. Il est par conséquent important que ce qui est aujourd’hui dessiné dans un article de loi prenne vie dans le quotidien des 7500 Ehpad de France.
Le premier pas a été fait. D’autres doivent suivre.
À bientôt,
Dan